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Il y a 40 ans : Mir, le premier « mécano géant de l’espace »

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 02 mars 2026 à 07:00 - Mis à jour le 06 mai 2026 à 07:52

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Roscosmos / NASA

Le Magazine

N2978 ● 10 juillet 2026

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Le 19 février 1986, l’Union soviétique plaçait sur orbite le premier élément de sa nouvelle station orbitale, baptisée Mir. Une nouvelle page de l’astronautique habitée allait commencer.

Une troisième voie

Alors que les Etats-Unis sont en train d’effectuer le spectaculaire vol circumlunaire Apollo 8, les responsables du spatial soviétique comprennent que la « conquête (habitée) de la Lune » est perdue. Comment faire pour ne pas perdre complètement la face ? Le spécialiste de l’espace soviétique et russe Nicolas Pillet explique sur son site Kosmonavtika : « Officiellement, l'Union soviétique n'a jamais eu de programme lunaire, et n'a jamais envisagé d'envoyer ses cosmonautes au-delà de l'orbite terrestre. Faute de tentative, il ne saurait donc y avoir d'échec. Au début de l'année 1969, les autorités recensent trois façons possibles de diriger le programme spatial au cours des années à venir : tenter une mission habitée vers la planète Mars, modifier le programme lunaire N1-L3 pour permettre des séjours prolongés sur la Lune et, finalement, installer une station spatiale en orbite terrestre ».

« Le chemin de l’Homme dans l’espace »

Après mûre réflexion, le choix se porte à l’été 1969 sur la « Station orbitale de longue durée » ou DOS. Pour la réaliser au plus vite, celle-ci fusionne avec l’OPS, la station militaire Almaz (« Diamant ») en cours de développement depuis 1965. Les plus hautes autorités approuvent l’idée, comme le maréchal Dmitri Oustinov, secrétaire à la Défense et à l’Espace du Comité central du Parti communiste (PC), et le secrétaire général du PC de l’URSS Leonid Brejnev. Ce dernier, lors du discours au Palais des Congrès du Kremlin du 22 octobre 1969, déclare : « Notre route vers la conquête de l'Espace est celle qui résout les questions vitales et fondamentales, les problèmes de base de la Science et de la technologie. Nos scientifiques conçoivent la création de stations orbitales et de laboratoires de longue durée comme un moyen décisif pour conquérir l'Espace. La Science soviétique voit la création de stations orbitales avec des équipages successifs comme le véritable chemin de l'Homme dans l'Espace ». Le 20 janvier suivant, la DOS est confiée à Youri Pavlovitch Semenov (un ancien de l’OKB-1 de Korolev) au TsKBEM (Bureau central d’études pour la construction de machines expérimentales) qui devient en mai 1974 la NPO Energiya.

L’aventure des stations Saliout et Almaz

Entre le 19 avril 1971 et le 26 décembre 1974, quatre stations civiles DOS sont lancées, mais deux seulement sont des succès et sont brièvement occupées : Saliout 1 (« Salut ») ou DOS 1 (1 équipage / 3 passagers) et Saliout 4 ou DOS 4 (2 équipages / 4 passagers). Avec celles-ci, les Soviétiques acquièrent la maîtrise des manœuvres orbitales en général, la technique d’amarrage en particulier. Puis, les 25 juin 1974 et 22 juin 1976, sont lancées deux autres stations, militaires cette fois-ci : Almaz 2 ou OPS 2 (1 équipage / 2 passagers) et Almaz 3 ou OPS 3 (2 équipages / 4 passagers). En les nommant respectivement Saliout 3 et Saliout 5, leur nature militaire est dissimulée. A cette même époque, une station modulaire est envisagée afin d’augmenter le volume habitable. Le concept étant estimé trop ambitieux, il est décidé de placer sur orbite les 29 septembre 1977 et 19 avril 1982 deux autres stations civiles disposant de deux pièces d’amarrage (facilitant le ravitaillement et l’augmentation du nombre de vols) : Saliout 6 ou DOS 5 (16 équipages / 33 passagers), puis Saliout 7 ou DOS 6 (10 équipages / 26 passagers).

La lente gestation de Mir

En août 1978, face au succès de Saliout 6, le concept de station modulaire est de nouveau envisagé avec l’idée de fixer au module principal un collier d’amarrage disposant de cinq ports. En 1979, le projet évolue et fusionne avec celui de la station militaire OPS-4 qui ne verra pas le jour, en raison de la décision prise en 1981 de l’arrêter par Oustinov, le ministre de la Défense (depuis 1976). Quelques années plus tard, le secrétariat à la Défense et à l’espace du Comité central du Parti communiste préfère placer en priorité sur orbite la station modulaire pour le 27e congrès du Parti.

Conçue à partir des DOS antérieures à la NPO Energiya, DOS 7 est lancée le 19 février 1986. De nombreuses améliorations ont été apportées, dont un nœud situé à l’une des extrémités offrant au total 6 ports d’amarrage, à partir desquels allaient être progressivement ajoutés d’autres modules. En baptisant DOS 7 « Mir » (« Paix » en russe), les Soviétiques soulignent ainsi le caractère pacifique de leur nouvelle station appelée, comme Saliout 6 et 7, à faire voler des cosmonautes étrangers.

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Lancement et caractéristiques de DOS 7

Le 19 février 1986, DOS 7 est placée sur une orbite évoluant entre 350 et 375 km d’altitude. D’une masse totale de près de 21 tonnes, la station a une longueur de 13,1 m, un diamètre maximal de 4,1 m pour un volume pressurisé de 90 m3. Plusieurs compartiments la structurent. Le premier, le plus vaste, dispose d’ordinateurs et du système de communication, de la cuisine, des sanitaires, des quartiers d'habitation avec table pliante, tapis roulant, etc. Celui-ci donne accès à une partie moins volumineuse, le compartiment de travail, où se trouvent principalement le centre de contrôle du complexe et le moteur permettant d’orienter les panneaux solaires. De là, on accède au compartiment de transfert qui dispose de quatre ports d'amarrage radiaux, pour servir de points d'ancrage permanents pour les futurs autres modules et, un cinquième port axial à l’avant pour l'amarrage temporaire des vaisseaux de ravitaillement, habités ou non. Enfin, à l’arrière du premier compartiment, une sorte de tunnel pressurisé de deux mètres de diamètre le relie à un port d’amarrage arrière. Ce dernier reçoit le 9 avril 1987 le premier module permanent : Kvant.

Construction et bilan

Jusqu’en 1996, cinq autres modules se greffent à Mir : le 6 décembre 1989, Kvant-2 (sas, nouveaux systèmes de support vie, expériences scientifiques) ; le 10 juin 1990, Kristall (expériences scientifiques) ; le 1er juin 1995, Spektr (recherche technologique, observation de la Terre) ; le 15 novembre 1995, fixé à Kristall, le module d’amarrage APAS-89 (Androgynous Peripheral Attach System) pour les navettes américaines ; le 26 avril 1996, Priroda (études scientifiques et écologiques de la Terre). Au final, Mir atteint une longueur de 41 mètres pour une masse totale de 124 tonnes, « la plus grande datcha de l’espace jamais construite ».

Pendant une quinzaine d’années, Mir accueillera 137 cosmo/astronautes (de 13 nationalités différentes) à l’aide de 30 Soyouz et 9 navettes américaines, 64 cargos-ravitailleurs Progress, et 11,5 tonnes d’équipements scientifiques. Mir effectuera 86 331 révolutions, parcourant 3,649 milliards de kilomètres, soit la distance Terre-Uranus ! L’apprentissage sera considérable tant au niveau humain – notamment le record de vol de longue durée de 437 jours par Valeri Polyakov en 1994-95 – qu’au niveau technologique. Les occupants apprendront également à gérer toute sorte de situations plus ou moins graves comme les pannes, la collision avec un cargo (Progress-M34 et le module Spektr, 25 juin 1997) et même un incendie (dans Kvant 1, 23 février 1997)…

Quelques références

- Deux ouvrages : La dernière mission – Mir, l’aventure humaine, Pierre Kohler, Calmann-Levy, 2000 ; Mir, le voyage extraordinaire 1986-2001, Jacques Villain, Le Cherche midi, 2001

- Un article : « Le voyage extraordinaire de Mir », in Le Monde, 23 mars 2001

- Un documentaire : « Mir, la coloc de l’espace de 1986 à 2001 », Jérémie Gapin, Ludivine Lopez, INA 2021

- Un site sur l’astronautique soviétique et russe, Kosmonavtika, Nicolas Pillet,

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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