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Il y a 50 ans, avec Apollo 14, la NASA jouait son « va-tout »

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 01 février 2021 à 06:52 - Mis à jour le 09 mars 2026 à 10:16

Le Magazine

N2978 ● 10 juillet 2026

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Le 31 janvier 1971, la mission Apollo 14 partait pour la Lune, relançant l’aventure lunaire après l’épopée d’Apollo 13 qui n’avait pu alunir. Toutefois, la crainte d’un nouvel l’échec n’a cessé de hanter les esprits…

Alors que le décollage vers la Lune de la mission Apollo 13 du 11 avril 1970 s’était déroulé dans une « routine » à l’ambiance médiatiquement terne, celui d’Apollo 14 est lui attendu avec fébrilité. La tension médiatique monte à l’approche du lancement. Ainsi, le 30 janvier à la veille du décollage, Le Monde titre : « Après l’échec d’Apollo-13, l’équipage d’Apollo 14 va tenter un nouveau débarquement sur la Lune » ; Le Parisien Libéré : « 3 AMERICAINS REPARTENT (demain) A LA CONQUETE DE LA LUNE » (dans un encart en rouge) ; La Nouvelle République : « En lançant demain Apollo-14, LA NASA JOUE SON VA-TOUT ».

La quatorzième mission Apollo

Au moment où s’apprête à décoller Apollo 14, les Etats-Unis ont déjà réussi deux débarquements lunaires (Apollo 11 et Apollo 12). Le pari de John F. Kennedy est d’ores et déjà remporté. Pourquoi poursuivre ? Le programme lunaire américain Apollo ne pouvait pas s’arrêter après le drame d’Apollo 13 qui n’avait pu alunir. De plus, Apollo 13 n’ayant pu effectuer l’importante mission scientifique prévue dans le massif de Fra Mauro, celle-ci est dévolue à Apollo 14.

Pour réussir, d’importantes modifications ont été apportées au module de service pour éviter le même problème qu’Apollo 13. De nouvelles procédures sont également adoptées, comme au niveau de la descente du LM sur la Lune (pour économiser le carburant), la manière de ramener le moins de poussières lunaires sur le scaphandre dans le LM, etc. De plus, pour faciliter l’exploration, les astronautes disposeront du Modular Equipment Transporter, un charriot surnommé « rickshaw » (pousse-pousse) pour emporter outils, caméras et échantillons lunaires collectés. Celui-ci ne manque pas d’attirer l’attention de certains médias comme Le Journal du Dimanche qui, le 31 janvier, écrit : « Ce soir à 21h23 (…) LA BROUETTE PART POUR LA LUNE avec ses trois compagnons ».

Quant à l’équipage, il est constitué d’Alan B. Shepard, commandant de la mission, de Stuart A. Roosa, pilote du module de commande Kitty Hawk, et de Edgard D. Mitchell, pilote du module lunaire Antares. Les trois astronautes sont tous quasi des « bleus », même si Shepard a effectué dix ans auparavant le premier vol habité américain Mercury qui, cependant, n’a été qu’un vol balistique de 15 minutes culminant à 187 km d’altitude. Deux mondes séparent alors Mercury d’Apollo soulignant l’impressionnant bond en avant technologique que l’Amérique a réussi.

Du lancement à l’alunissage

Après un retard dû à de mauvaises conditions météorologiques, Apollo 14 décolle avec succès le 31 janvier. Deux heures et trente minutes plus tard, le train lunaire doit se constituer. Cependant, l’amarrage entre Kitty Hawk et Antarès ne s’effectue qu’à la sixième tentative. C’est le soulagement pour les astronautes et les responsables…

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Le 4 février, Apollo 14 est sur orbite lunaire après un voyage satisfaisant. Shepard et Mitchell intègrent alors le LM pour se rendre sur la Lune, tandis que Roosa demeure dans le Module de commande. Au cours de la phase de descente d’Antares, deux incidents importants surviennent… Nouvelles sueurs froides ! Le calculateur de guidage et le radar d’altitude dysfonctionnent. Les problèmes sont néanmoins résolus à temps. Une fois sur la Lune, Shepard, soulagé, lâche ce 5 février : « ça été un long chemin, mais nous y sommes ».

L’exploration

La première sortie extravéhiculaire (d’une durée de 4h47) voit l’installation par les astronautes du matériel : la caméra de télévision en couleur (permettant aux téléspectateurs de suivre leur aventure), l’antenne parabolique à haut gain, le collecteur de vent solaire, le réflecteur laser, le pousse-pousse, etc., sans oublier le drapeau américain. Ils déploient également des capteurs acoustiques pour mesurer les ondes de choc émises par des petites charges explosives : si seulement 13 charges sur 21 fonctionnent, cela suffit néanmoins à estimer l’épaisseur du régolite (8,5 m). A l’issue de la première sortie, les astronautes ont ramené près d’une vingtaine de kilos de roches lunaires.

Au cours de la seconde sortie (de 4 h 35), Shepard et Mitchell partent explorer le cratère Cone, le principal objectif scientifique de la mission. Lors de leur randonnée, ils grimpent une montagne d’une pente évaluée à 18 % par Shepard. Par ailleurs, ils sont victimes des ondulations de terrain qui faussent l’évaluation des distances. A aucun moment donné, ils savent où ils se trouvent exactement, les cartes photographiques ne sont pas suffisamment précises. Pire, ils ne trouvent pas le cratère Cone (alors qu’ils l’ont approché à quelques dizaines de mètres). Déçus, ils prennent néanmoins des photos, mesurent le champ magnétique et collectent des roches.

Au retour de leur seconde sortie extravéhiculaire, alors qu’ils viennent de battre le record de la plus longue excursion lunaire à pied (3 km), Shepard créé la surprise : il monte une tête de fer-6 sur le manche télescopique du collecteur d’échantillons et… lance avec plus ou moins de succès deux balles de golf ! La seconde est projetée à « des miles, des miles et des miles… », clame-t-il fièrement ; quant à son compagnon, il projette au loin tel un javelot le mât du collecteur de vent solaire… ce qui leur vaudra des reproches.

Les leçons d’Apollo 14

Le 6 février, Antarès décolle de la Lune, rejoint Kitty Hawk qui prend le chemin du retour. Le module de commande est récupéré le 9 février par l’USS New Orleans à 1 400 km au sud des Samoa américaines. C’est le soulagement, y compris pour les médias qui n’ont cessé de scruter le vol et d’être attentif aux moindres incidents et difficultés rencontrées. Ainsi le 2 février, La Montagne titrait : « La mission d’Apollo-14 reste encore incertaine – pas de débarquement sur la Lune si le système d’arrimage n’en donne pas pleine satisfaction » ; France-Soir : « Apollo 14, ça a mal commencé ». Le 4 février, Paris Jour annonçait : « APOLLO-14 : NOUVEAUX INCIDENTS » ; Sud Ouest : « Apollo-14. Nouvel incident à bord : une batterie du module lunaire fonctionne mal ». Le 8 février, Le Figaro rapportait les derniers événements : « Marche difficile sur la Lune (…) épuisés, Shepard et Mitchell ont dû renoncer à atteindre la crête du cratère du Cone », etc.

L’ombre de l’échec a plané en permanence sur Apollo 14. Si la mission a rencontré des incidents avec une exploration inachevée, Philippe Henarejos, auteur du livre Ils ont marché sur la Lune, estime que « La vérité est qu’Apollo 14, par toutes ses limites, a appris à la Nasa ce qu’était vraiment l’exploration de la Lune. Une leçon en découle : à pied, deux astronautes ne peuvent pas faire des miracles (…). Clairement, la difficulté avait été sous-estimée ». La leçon sera retenue car, avec la mission suivante, les astronautes disposeront notamment du lunar rover. Quant à la presse, elle estime qu’Apollo 14 a été un succès et qu’elle « rehausse le prestige de la N.A.S.A. », comme le souligne le Figaro le 10 février 1971.

Pour en savoir plus

- Un ouvrage : Ils ont marché sur la Lune, Philippe Henarejos, Belin, 2018

- Des archives de la NASA : Apollo 14 Image Library, Eric M. Jones, NASA, 1996

- Un film reportage de la NASA/JSC de 1971 : Apollo 14 To Fra Mauro.

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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