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Il y a 60 ans, JFK promettait la Lune

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 25 mai 2021 à 04:37 - Mis à jour le 09 mars 2026 à 10:27

Le Magazine

N2978 ● 10 juillet 2026

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Le 25 mai 1961, à l’occasion d’un discours devant le Congrès des Etats-Unis, le président John Kennedy annonçait l’envoi d’hommes sur la Lune avant la fin de la décennie.

En matière de politique spatiale, lorsque Kennedy accède au pouvoir en janvier 1961, il maintient les grands principes et orientations définis par son prédécesseur Eisenhower (1953-1961). Au niveau militaire, la priorité reste le développement d’un système de reconnaissance spatiale pour espionner l’ennemi soviétique. Quant à la dimension civile, elle relève à partir d’octobre 1958 de la NASA, qui est notamment engagée dans Mercury, le premier programme de vol habité américain.

La Lune en question

Depuis le lancement des premiers Spoutnik en 1957, il devient évident que la prochaine destination est la Lune. Ainsi, les Soviétiques ouvrent le bal dès septembre 1958. Après plusieurs échecs, leur sonde Luna 2 percute la Lune le 13 septembre 1959, puis Luna 3 en photographie la face cachée en octobre. Les Américains suivent avec leurs sondes Pioneer (qui rencontrent également de nombreux échecs). Un rapport au sein de la NASA est présenté préconisant notamment l’envoi d’hommes sur la Lune vers 1965-66. En attendant, la priorité est donnée à la réalisation d’un lanceur lourd capable un jour d’effectuer une mission lunaire. Le projet retenu est celui de l’équipe de Wernher von Braun, rebaptisé Saturn. Toutefois, il apparaît que l’échéance 1965-66 soit irréaliste ; celle-ci est repoussée pour la décennie 1970.

Le coût avancé pour un programme lunaire habité étant considérable, le président Eisenhower hésite à donner son aval au moment où il cède la place à Kennedy. Ce dernier n’est alors également pas favorable à un programme coûteux qui ferait « courir des risques disproportionnés ». L’Amérique doit prendre son temps, y aller par étapes…

Les déboires d’avril 1961

Deux événements majeurs ébranlent subitement la jeune administration Kennedy. Le 12 avril 1961, les Soviétiques créent (une fois de plus) la surprise en plaçant le premier homme sur orbite, Youri Gagarine. Le coup a une résonnance planétaire qui suscite un goût particulièrement amer pour les Américains, d’autant plus que leur premier vol habité, réalisé par Alan Shepard, intervient 23 jours plus tard… et encore celui-ci n’effectue qu’un vol suborbital. De plus, les Etats-Unis viennent de subir une autre humiliation : l’échec du débarquement des anticastristes (qu’ils soutiennent) les 17-19 avril dans la baie des cochons à Cuba (devant renverser le gouvernement de Fidel Castro). Au regard de la communauté internationale, les Etats-Unis font figure de puissance agressive.

Suite à ces deux événements, Kennedy consulte ses proches. Que faire pour redorer le blason de l’Amérique ? Envoyer des hommes sur la Lune ? L’idée est dans les esprits depuis quelque temps déjà… portée notamment par la NASA et surtout le vice-président Lyndon Johnson, un ardent partisan de la conquête spatiale. Ainsi, 43 jours après le triomphe de Gagarine, 36 jours après le désastre de la Baie des cochons et 20 jours après le vol de Shepard, Kennedy prononce un discours devant le Congrès américain…

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Le discours

Intitulé « Special Message to be the Congress on Urgent National Needs » (Message spécial au Congrès sur les besoins nationaux urgents), John Kennedy adresse le 25 mai aux représentants de la nation un discours général structuré en dix parties d’une durée totale de 45 minutes. Dans la neuvième partie, il aborde pendant environ 8 minutes la question de la conquête spatiale. Il annonce alors que pour gagner la « bataille (…) dans le monde entre la liberté et la tyrannie », « l’aventure de l’espace (…) devrait nous voir tous ouvrir les yeux », autrement dit ne plus laisser les Soviétiques engranger les premières comme ils le font depuis octobre 1957. Kennedy annonce ensuite que « le temps est venu d’une nouvelle grande entreprise américaine (…) que cette nation prenne clairement la tête de la conquête de l’espace (…) ».

Kennedy insiste sur le fait que les Etats-Unis possèdent « toutes les ressources et tous les talents nécessaires » pour aller de l’avant. Evoquant le récent succès de Shepard, il précise qu’il en va de la « stature internationale » des Etats-Unis. Le pari lunaire qu’il s’apprête à annoncer est précédé d’un enrobage idéologique soulignant que l’Amérique doit s’engager au nom des « hommes libres ». Il demande alors officiellement au Congrès de « fournir les fonds nécessaires » pour que, souligne-t-il, les Etats-Unis s’engagent « à atteindre l’objectif, avant la fin de cette décennie, de faire atterrir un homme sur la Lune et de le ramener sain et sauf sur Terre » car, pour Kennedy, « il n’existera pas, au cours de cette période, de projet spatial qui ne soit plus impressionnant aux yeux du monde, ni plus important pour l’exploration à long terme de l’espace (…), ni aucun projet qui sera à ce point difficile ou onéreux à réaliser ». Le défi est lancé. Pour cela, il demande des financements exceptionnels (qui seront également investis pour le développement de satellites d’application pour les télécommunications et la météorologie). Il souligne enfin qu’aller sur la Lune demandera des efforts, et que cela donnera un « sens ultime que revêtira le contrôle de l’espace »…

Le « pari lunaire », une surprise ?

L’annonce de Kennedy ne surprend pas totalement. Comme on l’a souligné un peu plus haut, l’idée d’envoyer des hommes sur la Lune est présente avant même la mise en place de l’administration Kennedy. De même dans la presse, cette question est régulièrement abordée. Par exemple, l’Aurore du 25 août 1958 rapporte à ses lecteurs des propos de von Braun qui affirme qu’« avant 10 ans nous serons maître des routes qui mènent A LA LUNE (…) ». Dans Atomes de mars 1959, la conclusion faite à l’article « A l’assaut de la Lune », il est souligné : « l’alunissage d’un astronef piloté » devient plausible « à chaque progrès enregistré au cours des dernières années (…). Lorsque le général Eisenhower lança publiquement le projet Vanguard en 1956, on estima que l’homme pourrait fouler la Lune vers la fin du siècle. Le poids des premiers Spoutniks permit d’envisager l’événement pour 1975-1980. Aujourd’hui, il n’est plus téméraire de le prévoir pour 1965 ». Ainsi, comme le souligne le spécialiste du programme spatial américain Xavier Pasco, « La décision d’aller sur la Lune fut avant tout symbolique d’un événement politique majeur ».

Quelques références

- Un ouvrage : La politique spatiale des Etats-Unis 1958-1995, Xavier Pasco, L’Harmattan, Paris, 1997

- Le discours de John Kennedy : Special Message to the Congress on Urgent National Needs, devant le Congrès américain, 25 mai 1961, in Archives du John F. Kennedy Presidential Library and Museum,

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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